mercredi 3 avril 2013

Faut-il supprimer la norme "saucisse, œufs durs, nuggets" ?


La semaine dernière, deux événements ont mis le doigt sur le problème de l'inflation de normes réglementaires : la remise du rapport de la mission de lutte contre l'inflation normative , et l'interview télévisée du président de la République à la télé, jeudi. Le président, peut-être inspiré par le rapport, a annoncé vouloir un « choc de simplification ». Ses prédécesseurs ont déjà pu faire des annonces en ce sens, mais le constat semble rester vrai malgré les efforts réalisés pour faire baisser le nombre de normes.
Un parcours rapide du rapport Lambert-Boulard, du nom de ses co-auteurs, me semble montrer une théorisation intéressante des pistes de réflexion sur les chemins possibles de de simplification (Interpréter le plus souplement possible les normes, abroger les normes inutiles, adapter les normes trop inflexibles, revisiter les normes ne remplissant pas ou plus ce qu'on attend d'elles). L'analyse des cas particuliers de normes que les auteurs jugent mal pensées ou à supprimer me laisse cependant penser que l'analyse fine demandée par les auteurs au moment de l'apparition de normes n'a pas été poussée à fond systématiquement avant d'en proposer la suppression... Bref, il faudrait complexifier la simplification à mes yeux... Grave déviance que les auteurs qualifieraient sans doute de « centre de blocage » de ma part !
Se pose en fait principalement la question suivante : Quels principes doit respecter une norme pour avoir droit de cité dans la réglementation ?

Et sans surprise, je ressortirai trois des principes de la DSE...

Subsidiarité
Je commence par le principe de subsidiarité qui me semble être la clé de lecture de l'utilité d'une norme. Par défaut, toutes les décisions doivent être prises au plus proche du terrain. Donc pas dans la loi. Ce n'est que lorsque les citoyens considèrent qu'un sujet ne peut pas être géré correctement par chacun qu'il devient nécessaire d'édicter des normes qui retirent la décision aux « hommes de terrain » pour la mettre entre les mains du législateur. Le taux maximum d'alcool dans le sang pour conduire ne peut pas relever d'une décision personnelle. Entre les mauvaises appréciations des uns et des autres, et la gravité objective du problème, il apparaît qu'une règle communément acceptée est nécessaire pour maîtriser le phénomène. La contribution aux finances de l'Etat (et donc à la redistribution) ne peut pas non plus fonctionner sur la base d'un simple volontariat, d'où l'impôt. « Tu ne tueras point » n'est pas non plus une loi dont le respect relève de la liberté individuelle. Il est en revanche assez heureux qu'aucune loi ne m'oblige à posséder une bible ou un petit livre rouge, à dormir au moins huit heures chaque nuit, ou à pratiquer au moins un sport trois heures par semaine (même si c'est très bien de le faire)

Bien commun
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Entre les deux, une petite zone floue peut concerner des « normes » qu'on ne peut pas mettre en place sans réglementation uniforme, mais pour lesquelles les enjeux ne sont pas forcément suffisants pour imposer des contraintes à tout le monde. Là, c'est bien l'application du principe du bien commun qu'il faut regarder pour évaluer la nécessité d'imposer la contrainte à tout le monde, ou simplement de donner des bonnes pratiques pour faciliter les échanges. Faut-il dire d'où vient le miel qu'on achète ? De quelle ruche au sein de l'exploitation apicole ? On a pu voir dans les histoires de bœuf au cheval qu'une certaine traçabilité responsabilise les producteurs. En revanche, il y a une limite au-delà de laquelle le besoin de « maîtrise » du consommateur devient trop pesante pour les producteurs. Ou au-delà de laquelle le besoin de tranquillité de mon voisin m'empêche de vivre tranquillement ma vie si je joue d'un instrument de musique à des horaires raisonnables. Ou au-delà de laquelle il est trop lourd pour une école de respecter toutes les normes de sécurité quand elles organisent des sorties pour les élèves. Ou au-delà de laquelle il n'est plus raisonnable de faire des travaux supplémentaires pour un nombre de visiteurs porteurs de handicap limité.

Solidarité
On se trouve alors dans un contexte où la solidarité permet de sortir de l'affrontement entre le pour et le contre de la réglementation. Le consommateur accepte de n'avoir qu'une donnée partiellement précise sur la provenance pour éviter de faire porter une charge trop lourde au producteur. Le musicien amateur accepte de ne pas jouer la nuit, ou en période d'examen du voisin. Les parents acceptent de porter avec l'école un risque mesuré quand leur enfant part en classe verte. Les porteurs de handicap acceptent un certain inconfort pour limiter les dépenses publiques.
La solidarité appelle la solidarité et finit de concrétiser le bien commun (ensemble des conditions qui permet à la société et à chacun de ses membres de tendre à sa perfection) : Le producteur adopte des pratiques respectueuses qui évitent d'avoir à mettre en place une traçabilité insoutenable. Le voisin accepte d'entendre à certains moments la musique du jeune amateur. L'école propose une éducation complète aux enfants... Et chacun fait l'effort d'aider les porteurs de handicap quand il les voit à monter les trois marches d'accès à la mairie, à repérer leur sortie de métro, etc.

En effet, un monde dans lequel le geste de soutien est naturel est largement préférable à un monde dans lequel le geste de soutien est inutile.


« C'est aux personnes que revient, évidemment, le développement des attitudes morales, fondamentales pour toute vie en commun qui se veut véritablement humaine (justice, honnêteté, véracité, etc...), qui ne peut en aucun cas être simplement attendue des autres ou déléguée aux institutions. Il revient à tous, et en particulier à ceux qui, sous diverses formes, exercent des responsabilités politiques, juridiques ou professionnelles à l'égard des autres, d'être la conscience vigilante de la société et les premiers témoins d'une vie civile en commun digne de l'homme. » (#134du compendium)

Et j'ajouterai que l'Homme doit toujours garder une certaine liberté que tend à lui supprimer une surabondance de lois :
« La personne humaine ne peut pas et ne doit pas être manipulée par des structures sociales, économiques et politiques car tout homme a la liberté de s'orienter vers sa fin dernière [… qui est] l'accomplissement de son destin en Dieu […] Toute vision totalitaire de la société et de l'Etat et toute idéologie purement intra-mondaine du progrès sont contraires à la vérité intégrale de la personne humaine et au dessein de Dieu sur l'histoire » (#48 du compendium)

Quelques exemples pour conclure le propos :

  • Loi « saucisse, œufs durs, nuggets », qui indique le nombre de nuggets qui doivent être donnés à la cantine selon l'âge des enfants : manque flagrant au principe de subsidiarité. Fait plus partie des bonnes pratiques que de ce que la loi doit fixer.
  • Réglementation sur l'accessibilité des bâtiments aux handicapés : Si cette norme fait disparaître la solidarité et la charité, cette norme est une mauvaise norme. Une certaine subsidiarité serait là aussi plutôt bienvenue, pour moduler l'obligation aux enjeux réels en termes de fréquentation.
  • Normes relatives aux mesures compensatoires biodiversité. Ces normes sont aujourd'hui peu centralisées en pratique. Pourtant, l'enjeu est de taille tant pour les porteurs de projets que pour la protection de la biodiversité qui nous est confiée. Il me semble que la difficulté à s'approprier ce sujet au niveau local milite pour une remontée du sujet, par subsidiarité, vers des réflexions nationales pour harmoniser un cadre d'analyse des projets... L'annonce d'une agence nationale de la biodiversité permettra peut-être de lancer un chantier de clarification des attentes qu'on peut avoir dans le domaine.


Bref, bon courage au gouvernement qui s’attelle à une tâche importante et que je pense être très utile pour favoriser les initiatives des citoyens dans tous les domaines !

lundi 25 mars 2013

Faut-il résister ?


 Le texte introductif à la messe des rameaux terminait sur une phrase de circonstance. Aux Pharisiens qui demandaient à Jésus de faire taire les foules qui le louaient, il répond :

« S'ils se taisent, les pierres crieront » Luc 19,40

     La formule est superbe, elle parle toute seule. Si le langage de l'évangile est étouffé, il ressort plus éclatant encore. L'annonce de l'évangile a beau être notre mission, si nous faiblissons, Dieu continuera par d'autres voies. Je suis intimement convaincu que Dieu est là, posant son regard d'amour sur notre pays. La loi autorisant le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels passera ou ne passera pas. Mais l'amour de Dieu, lui, nous suivra jusqu'à la fin des temps. Si l'humanité s'égare momentanément, la Providence saura la retrouver un peu plus loin. On peut juste regretter que parfois l'humanité commence par s'éloigner pour mieux se rapprocher de Dieu après...



     En attendant, l'après-midi n'a pas été marquée par un silence trop pesant, rue de la Grande Armée à Paris. Peut-être étions-nous déjà les premières pierres qui criaient pour que le message passé sous silence soit entendu. D'autres suivront.
     On a beaucoup parlé des échauffourées en marge de la manif. Sans surprise, les pro s'offusquent du comportement de certains manifestants (cf #285 du compendium de la doctrine sociale de l'Eglise : « les croyants devront se distinguer [le dimanche] par leur modération, en évitant tous les excès et les violences qui caractérisent souvent les divertissements de masse. Le jour du Seigneur doit toujours être vécu comme le jour de la libération »). Et les anti s'offusquent des actions violentes des CRS.
L'offuscation est un sentiment à la fois sain et parfois un peu imparfait. Le cardinal Ratzinger comprenait en effet la béatitude « Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés » comme un encouragement à chercher et regretter dans le monde les sources d'injustice pour pouvoir les combattre, et donc rassasier notre soif de justice. A l'inverse, l'Eglise garde toujours une approche prudente sur la justice et notamment sa mise en œuvre trop mécanique. « Seule, la justice ne suffit pas. Elle peut même en arriver à se nier elle-même, si elle ne s'ouvre pas à cette force plus profonde qu'est l'amour » (#203 du compendium). Bref, une chose est sûre : compter les points n'est pas une bonne approche pour l'analyse de cette manifestation !


     Ceci étant dit, le magistère nous donne quelques clés de lecture sur la résistance.

     Pour commencer, le magistère signale (#398) que « si la loi est en contraste avec la raison, on l'appelle loi inique ; dans ce cas, toutefois, elle cesse d'être loi et devient plutôt un acte de violence »

    Tout en disant que la résistance passive est préférable à la violence, le magistère donne ensuite les conditions d'exercice d'un droit de résistance (éventuellement violent voire armé) :
  • en cas de violations certaines, graves et prolongées des droits fondamentaux
  • après avoir épuisé tous les autres recours
  • sans provoquer des désordres pires (ce qui est une restriction claire à l'usage de violence ou d'armes dans l'exercice d'un droit de résistance)
  • s'il y a un espoir fondé de réussite
  • s'il est impossible de prévoir raisonnablement des solutions meilleures
     On peut penser que ces clés de lecture sont donc aussi intéressantes pour des cas où une résistance armée n'est pas nécessaire, mais où une résistance doit être montée, pour savoir si cette résistance est alors légitime ou non. (le respect de l'autorité légitime étant sinon la norme obligatoire pour les chrétiens commeon a déjà pu le dire ici)
     En faisant cette petite lecture, on peut penser, en vrac :
  • qu'aller provoquer un CRS en l'insultant ou en tapant sur son bouclier n'apporte pas d'espoirs fondés de réussite de faire tomber la loi Taubira.
  • Qu'envoyer des lacrimogènes sur des poussettes est susceptible de provoquer des désordres pires que quelques dizaines de personnes qui rentrent sur les Champs-Elysées.
  • Que se voir refuser les Champs-Elysées n'est pas en soi une violation grave, certaine et prolongée des droits fondamentaux et qu'il n'est pas légitime de résister à cette demande des autorités.

     En continuant la lecture, on voit que pour contrer ce qui leur apparaît comme un risque d'une violation certaine, grave et prolongée de droits fondamentaux, les organisateurs de la manif pour tous ont épuisé tous les autres recours (CESE, manifestations, meetings, happenings, contentieux administratifs, ...) et qu'ils sont donc aujourd'hui et depuis les premières manifestations dans une phase de « résistance ». Leurs multiples appels, avant et lors de la manifestation, pour rester calme, pour éviter les débordements, pour aimer les homosexuels, et pour bannir toute violence de cette action, ont pour but d'éviter de créer des désordres pires que ceux qu'ils veulent combattre. Leurs actions d'envergure ont un espoir fondé de réussite même si cet espoir n'est pas une certitude. Et je crois qu'ils ont tenté toutes les bonnes solutions raisonnablement envisageables... Je ne crois pas me tromper en disant que l'un ou l'autre ont lu le compendium et en ont fait leur miel... !

     Après une condamnation générale de la violence (#496, qui semble contradictoire avec les critères plus hauts qui l'autorisent sous conditions strictes), le magistère confirme que « Le monde actuel a lui aussi besoin du témoignage de prophètes non armés, hélas objet de railleries à toute époque ». C'est le sens je pense de l'initiative heureuse et qui nourrit mon espérance, de Tugdual Derville, Pierre-Yves Gomez et Gilles Hériard qui lancent un mouvement « Ecologie Humaine » qui entend développer « tout homme et tout l'homme » (ça non plus, ça ne sort pas de nulle part!). On pourra les aider à surmonter les railleries et surtout à faire avancer le monde sur un chemin d'avenir !




     Pour finir et pour chacun d'entre nous, un chemin pour les ultimes jours qui nous séparent de Pâques dans notre relation au gouvernement actuel : (#517) « L'Eglise enseigne qu'une paix véritable n'est possible que par le pardon et la réconciliation. […] Le poids du passé, qui ne peut pas être oublié, ne peut être accepté qu'en présence d'un pardon réciproquement offert et reçu : il s'agit d'un parcours long et difficile, mais pas impossible. Le pardon réciproque ne doit pas annuler les exigences de la justice ni, encore moins, barrer le chemin qui conduit à la vérité : justice et vérité représentent plutôt les conditions concrètes de la réconciliation »... Bref, un peu de travail des deux côtés. La paix véritable avec le gouvernement, on en a besoin dans cette période difficile sur le plan écologique, économique, social. On peut commencer,  tout en continuant à rechercher la vérité avec lui. Le gouvernement nous rattrapera tôt ou tard sur ce chemin si on l'aide à y rentrer.

jeudi 14 mars 2013

Idée de boîte n°3 : certifier les compétences des pseudos sur internet


"Notre époque requiert une intense activité éducative 
et un engagement de la part de tous, afin que 
la recherche de la vérité, qui ne se réduit pas à 
l'ensemble ou à une seule des diverses opinions, 
soit promue dans chaque milieu et prévale sur 
toute tentative d'en relativiser les exigences 
ou de lui porter atteinte."

Troisième billet sur des idées de boîte à monter qui matérialisent des concepts de la DSE.

Il s'agirait de monter un service internet qui permettrait d'attacher à des pseudonymes ou des identités sur internet des compétences particulières.
  • J'ai un diplôme d'ingénieur
  • J'ai vécu 6 ans en Chine
  • Je m'occupe d'enfants dans le cadre de mon boulot
  • Je suis médecin
  • Je suis un pro de la DSE
  • J'ai déjà monté une boîte
Toutes ces caractéristiques permettent d'être plus à même de s'exprimer sur certains sujets en particulier lors d'un débat sur internet. Ou permettent aux autres internautes de nous faire confiance, dans la foultitude d'avis qui peuvent être donnés par des personnes de bonnes volonté, mais dont tous n'ont pas un avis éclairé par des connaissances ou compétences particulières.

Lié à Facebook, Twitter, Google+, et aux autres grandes plateformes permettant d'échanger des opinions, le service se matérialiserait comme un petit logo à côté du nom des gens partout où ils utilisent ces identités (sur ces réseaux, mais sur tout autre site où ces identités peuvent être utilisées : champ discussion des blogs sur lesquels on peut s'identifier par facebook, …). En faisant passer la souris sur le petit logo, un texte apparaîtrait et montrerait les compétences certifiées.

Pour certifier les compétences, les preuves devraient être envoyées à cette boîte qui devrait donc savoir gérer avec grand sérieux les aspects confidentiels du pseudonymat.

Toutes les opinions ne se valent pas. Or aujourd'hui, pour départager les opinions sur internet, seul compte le nombre de « like » ou de « +1 », ou de vote des autres internautes. Tout le monde peut s'improviser expert en éducation des enfants, en choix de restaurant, ou critique littéraire... Ca ne rend pas honneur à la vérité. Certifier les compétences permettrait de résoudre de ce problème !

Pour gagner de l'argent, la boîte pourrait se faire payer un petit droit à la certification. Et après une phase de montée en puissance, facturer le service aux Facebook, Google+ et autres Twitter.

Côté principes de la DSE, sur une échelle de 0 à 5, au doigt mouillé : 
Subsidiarité : 3/5
Participation : 4/5
Solidarité : 1/5
Bien commun : 3/5
Destination Universelle des Biens : 3/5




dimanche 10 mars 2013

homme = femme ? France = Irlande ?


Depuis quelques mois, le concept d'égalité nous est sorti à toutes les sauces. Égalité entre couples homosexuels et hétérosexuels, égalité homme-femme, égalité des enfants devant le droit d'avoir un père et une mère, égalité devant l'impôt, égalité des chances, égalité de traitement entre école privée et publique, égalité territoriale, égalité de l'accès au numérique, … et égalité pour le match de rugby France-Irlande. Et il faut bien admettre qu'outre le grand principe que “c'est bien de renforcer l'égalité”, ce mot est ressorti parfois un peu trop à la légère pour appuyer une position qu'on tient par ailleurs pour des raisons qui sont également parfois égoïstes, à gauche comme à droite. Ce qui peut vouloir dire deux choses : les gens sont malhonnêtes ou le concept est trop flou et trop interprétable.
Le mot égalité/inégalité ressort 31 fois dans le compendium. Voici ce que l'Eglise nous en dit.
Fondement et forme de l'égalité entre tous les hommes
« Étant donné que sur le visage de tout homme resplendit quelque chose de la gloire de Dieu, la dignité de chaque homme devant Dieu constitue le fondement de la dignité de l'homme devant les autres hommes. En outre, c'est aussi le fondement ultime de l'égalité [...] entre les hommes » (#144 du compendium)
C'est toujours à cette égalité que se ramène le magistère. Elle se décline de nombreuses façons : égalité homme-femme (#146), égalité handicapé-valide, égalité prisonnier-homme libre... L'égalité ne se conçoit alors pas d'abord comme une égalité dans les droits (le prisonnier ne peut pas sortir de prison), ni même comme une égalité dans l'accès à certaines fonctions (les handicapés n'ont pas de quotas de présence au gouvernement, ni les condamnés à des peines de prison), mais avant tout comme une égalité de dignité. Égalité dont découlent certains droits (dits « droits de l'homme », et que l'Eglise définit plus restrictivement que ne le fait la société) qui sont adaptés aux différences de chacun et subordonnés à la recherche du bien commun.
L'égalité homme-femme, en particulier, se fonde sur une relation de diversité et de complémentarité réciproque avec l'homme.
Limites du principe d'égalité :
Le magistère signale des limites à l'exercice d'égalité qui n'est pas un absolu (seul l'amour est absolu. Même les principes de la DSE se heurtent les uns les autres : solidarité vs subsidiarité, ...) :
  • « Les plus favorisés doivent renoncer à certains de leurs droits pour mettre avec plus de libéralité leurs biens au service des autres. » Ils ne peuvent notamment pas demander l'égalité au détriment du bien commun. (#158)
  • On ne doit pas non plus, sous prétexte d'égalité, annuler l'esprit de liberté et d'initiative. Les reproches faits à des systèmes instaurant de fait un certain assistanat et qui enlèvent toute incitation à créer soi-même de la richesse pour profiter de celle créée par nos frères sont légitimes et mettent une limite au principe d'égalité. (#187)
  • L'égalité se fondant sur l'égale dignité des hommes, il n'existe pas d'égalité naturelle entre structures, entre organisations, entre choix de vie, ou entre opinions. Pour ces « choses », c'est une analyse sur le fond qui doit avoir lieu. En particulier, « La mise éventuelle sur un pied d'égalité de la famille et des « unions de fait » au plan juridique se traduirait par un discrédit du modèle de famille » (#227), puisque la stabilité de la famille est profondément inscrite dans son fonctionnement.
Remèdes contre l'inégalité
Le magistère signale deux remèdes contre l'inégalité :
- « la redistribution des revenus de l'impôt doit suivre les principes de solidarité, d'égalité, de mise en valeur des talents, et accorder une grande attention au soutien des familles. » (#355)
- La remise des dettes, qui était réalisée dans le monde juif lors des années sabbatiques (tous les 7 ans) ou jubilaires (tous les 50 ans), et permettait de rapporter les questions de propriété à leur signification profonde (on ne fait qu'administrer les biens qui nous sont confiés.) (#24)


Ceci nous donne donc des clés de lecture sur les sujets en introduction :
Egalité entre couples homosexuels et hétérosexuels,
Pas d'égalité naturelle entre choix de vie ou entre structures humaines. Le principe d'égalité ne s'applique pas, et il faut faire une analyse sur le fond (qui n'est pas l'objet de cet article, … mais d'un autre)
égalité homme-femme,
L'égalité est réelle et profonde et n'est ni agrandie ni amoindrie par les choix politiques passés ou à venir (incitation à un congé parental du « 2° parent », égalité salariale, proportion minimale à certains postes, …). L'égalité de traitement à situation égale découle néanmoins de cette égalité, et impose peut-être pour changer les mentalités et les rapprocher d'une vision juste de passer temporairement par des phases restrictives avec quelques effets bords pas très heureux qu'il faut néanmoins essayer de limiter (proportion minimale à certains postes qui oblige parfois à favoriser une moins bonne candidate que le meilleur candidat). En revanche, appliquer à l'aveugle une politique d'égalité sans réfléchir à la différence entre une femme et un homme est profondément bancal. Cette partie est régulièrement escamotée dans le discours ambiant et dans certaines communications gouvernementales... Et l'annonce qu'il sera imposé aux enseignants de « déconstruire les stéréotypes » ne peut qu'interroger tant que nous ne verrons pas le contenu des programmes correspondants.
égalité des enfants devant le droit d'avoir un père et une mère,
Là, on rentre dans un droit de l'individu (l'enfant) et plus d'une structure (l'union de deux adultes), et la question est de savoir si c'est un droit de l'homme que d'avoir un père et une mère. L'éducation fait partie des droits que l'Eglise reconnaît. Elle rajoute « #242 : Dans l'éducation des enfants, le rôle maternel et le rôle paternel sont tout aussi nécessaires. ». On touche effectivement à l'égalité entre enfants, et l'argument est donc utilisable même si c'est plus sur le fond que sur le mot même d'égalité que je pense utile de travailler.
égalité devant l'impôt,
La propriété est un concept reconnu par l'Eglise comme nécessaire, mais n'est pas reconnu comme un droit indiscutable (voir notamment #177 si vous voulez voir un magistère remonté). Elle est subordonné au bien commun, et l'impôt participe à la redistribution et à l'égalité. Il n'y a donc pas d'égalité devant l'impôt.
égalité des chances,
Pour tout ce qui concerne les droits de l'homme (éducation, accès à l'eau, au logement, …) , l'égalité est effectivement un bon critère d'entrée pour mettre en œuvre des politiques publiques. Au-delà, et quand on en vient à parler de réussite scolaire, d'ascenseur social, d'accès à des postes à responsabilité qu'on peut qualifier de luxe par opposition aux droits de première nécessité, c'est plus dans le principe de participation (chacun doit participer dans la société à un niveau qui lui correspond le mieux possible) que dans le principe d'égalité qu'il faut rechercher le « driver » de l'action publique. Si une société sous-emploie des gens qui pourraient mieux déployer leur potentiel, c'est autant un problème si ces personnes sont des femmes que si ce sont des hommes. Ou des roux que des non-roux. Ou des immigrés que des Français pure souche. Et ce n'est pas en moyennant le problème en évitant qu'un groupe catégoriel ne puisse faire valoir son indignation qu'on résout le problème.
égalité de traitement entre école privée et publique,
La liberté religieuse, notamment dans l'éducation, est un droit reconnu par l'Eglise. Droit égoïste, diront certains. Droit profond et primaire, répondra l'Eglise et répondront les chrétiens qui demandent également les subsides nécessaire au fonctionnement de ces écoles. Les places d'école dans les établissements privés n'ont pas à coûter plus cher à la société, mais pas moins. Là encore, en revanche, il ne s'agit pas d'un principe d'égalité, puisqu'on parle de structures (école privée vs école publique). Il s'agit du fait de rendre applicable le concept d'école libre.
égalité territoriale, égalité de l'accès au numérique
On est loin de l'égalité entre hommes. Mais ça ne rend pas le sujet inutile pour autant. Un développement harmonieux du territoire peut permettre une meilleure utilisation des moyens, voire même un certain retour à des modes de vie simples.
et égalité pour le match de rugby France-Irlande...
Les hommes sont tous d'égale dignité... Mais peut-être les Français un peu plus que les autres, on aurait dû gagner !

samedi 26 janvier 2013

Faut-il instaurer un droit au travail opposable ?



Les chiffres du chômage sont encore en légère hausse sur le mois de décembre 2012. Depuis 20 mois, chaque mois apporte sa mauvaise nouvelle. François Hollande a annoncé qu'il souhaitait inverser la courbe du chômage d'ici la fin de l'année, et nous verrons ce que la conjoncture économique nous réserve. Mais dans l'attente, il reste 3.132.900 personnes au chômage. Difficile de se rendre compte du nombre que ça fait, d'imaginer ce que ça fait. Plus de trois fois la manif pour tous (plus de 10 fois selon la police!). Imaginez ne serait-ce que trois fois le nombre de personnes de la manif pour tous qui se réveillent le matin, chacun dans leur appartement, se disent qu'ils n'ont pas de boulot et qu'ils ne savent pas ce qu'ils vont faire de leur journée. Arrêtons nous sur la vie de ces personnes. N'ont-elles pas droit au travail ?
*  *  *
Pourquoi souhaite-t-on que tout le monde travaille ?
Serait-ce juste par égoïsme qu'on souhaiterait que tout le monde travaille ? Je ne te donnerai pas de pain si tu ne l'as pas mérité, si tu n'as rien à m'offrir ? Dans le Notre Père, pas de petite astérisque au dessus du « Donne nous aujourd'hui notre pain de ce jour* » (*sauf ceux qui n'ont pas fait d'efforts suffisants pour se trouver un job). Vous imaginez le genre... Un passage de Saint Paul pourrait pourtant être interprété en ce sens :« Nous vous engageons, frères, à faire encore des progrès en mettant votre honneur à […] travailler de vos mains, comme nous vous l'avons ordonné » (1 Th 4, 11)


Mais on est loin de l'égoïsme, Saint Paul nous exhorte simplement à participer au travail nécessaire pour la collectivité... Quelques lignes plus tard : « Nous vous y engageons, frères, reprenez les désordonnés, encouragez les craintifs, soutenez les faibles et ayez de la patience envers tous. » (1 Th 5, 14)
Non, il s'agit bel et bien de rechercher le bien de nos frères qui manquent de travail. Saint Paul (et l'Eglise!) veut notre bien en nous exhortant à travailler, à participer à la vie de la communauté. C'est le rôle qui nous a été confié dès la Genèse : l'homme est placé sur terre « pour cultiver le jardin ». « Le travail est un droit fondamental et c'est un bien pour l'homme » (#287 du compendium) sans travail pas de participation, pas de possibilité d'accéder à la propriété, de fonder une famille, de contribuer au bien commun. Toutes sortes de travaux sont possibles : rémunéré ou non (élever un enfant, engagement associatif), mais il nous faut participer au bien commun. Dans la parabole des ouvriers de la dernière heure, on voit bien que le maître lui-même voit le bien pour l'homme avant de voir le bien pour lui. Il donne la même chose à celui qui n'a travaillé qu'à la dernière heure et à celui qui a travaillé toute la journée. Il donne en fonction des besoins des hommes, pas en fonction de ce qu'il reçoit d'eux.

Pour quoi ?
Mais alors quels sont les fruits du travail ? Maintenant qu'on sait pourquoi on travaille, ça sert à quoi de travailler ?
Pour commencer, le travail participe à la pleine dignité de l'homme. Dans le travail est inscrit la ressemblance de Dieu et de l'homme, Créateur et co-créateur. Travailler et modeler le monde, c'est atteindre cette pleine ressemblance. Jésus lui-même a travaillé comme charpentier, alors qu'il aurait pu multiplier les pains pour manger. Il nous a ainsi montré que le travail humain est à vocation divine !
Le travail transforme le monde et y fait apparaître la perfection. « l'activité humaine d'enrichissement et de transformation de l'univers peut et doit faire apparaître les perfections qui y sont cachées » (#262). Si on travaille, c'est tout simplement pour contribuer au bien commun et pour rendre le monde plus beau, en exploiter les richesses. C'est utile pour le travailleur qui y trouve un sens à sa vie, et c'est utile pour la société qui profite du monde plus beau ainsi créé. « Le Chrétien est appelé à travailler non seulement pour se procurer du pain, mais aussi par sollicitude envers le prochain plus pauvre ». (#265)
Enfin, « le travail humain possède aussi une dimension sociale intrinsèque » (#273). Avoir un travail permet de vivre en société et de participer à la vie du monde qui nous entoure. L'homme seul loupe une face importante de la condition d'être humain. Un chrétien seul est un chrétien en danger... Et ça vaut aussi pour les non-chrétiens, dans un autre contexte !

Comment ?
Le magistère n'y va pas avec le dos de la cuillère, il répond au « quoi ? » et au « qui ? » 
Quoi : « le plein emploi est donc un objectif nécessaire pour tout système économique tendant à la justice et au bien commun. Une société […] où les mesures de politique économique ne permettent pas aux travailleurs d'atteindre des niveaux d'emploi satisfaisants ne peut ni obtenir sa légitimation éthique ni assurer la paix sociale » (#288),
Qui : Etat et monde économique : « Les problèmes de l'emploi interpellent les responsabilités de l'Etat auquel il revient de promouvoir des politiques actives de travail, aptes à favoriser la création d'opportunités de travail sur le territoire national, en stimulant à cette fin le monde productif »
Reste le « comment ? ». Et ça, ce n'est pas vraiment le rôle de l'Eglise de dire ça. Quelques petits indices tout de même : développer le secteur tertiaire (« les initiatives de ce qu'on appelle le secteur tertiaire constituent une occasion toujours plus importante de développement du travail et de l'économie », #293), réaffirmer le rôle de l'homme arbitre au-dessus du déterminisme : « le facteur décisif et l'arbitre de cette phase complexe de changement sont encore une fois l'homme, qui doit rester le véritable acteur de son travail »...
Ca reste bien vague à ce stade, mais c'est là que les hommes, et en particulier les chrétiens, entrent en jeu !
Instaurer un droit au travail opposable, c'est réussir à trouver un emploi pour chacun, donc à insuffler des politiques publiques qui favorisent l'emploi, peut-être en le taxant moins pour moins payer d'indemnités chômage en contrepartie. Je suis assez surpris qu'un acteur économique ne puisse pas créer un emploi en contrepartie d'une subvention à hauteur des indemnités chômage que cet emploi éviterait d'avoir à payer... A défaut, peut-être faut-il inciter avec plus ou moins d'insistance pour que les chômeurs se trouvent une « activité humaine », par exemple à titre de bénévole dans des associations pour continuer à transformer le monde, et avoir des liens avec la société qui pourraient en plus les aider à se former ou à trouver un emploi.
Au niveau des « forces vives » de la Nation, l'intuition que « le travail est plus doux quand il est orienté vers le bien commun » peut peut-être développer de nouvelles créativités. L'exemple cité dans mon dernier billet est un bon exemple du « comment ». En effet, dès la Genèse, on voit que le travail ne devient difficile et pénible que lorsque l'homme s'écarte de Dieu.
*  *  *
La transformation de l'économie pour trouver à chacun une place est un chantier enthousiasmant que les Chrétiens doivent prendre à bras le corps pour éviter de se faire balloter par le marché. Encourageons-nous les uns les autres pour que nos énergies créatrices se transforment en emplois ! Soutenons le tissu PME en le finançant !

mardi 22 janvier 2013

Idée de boîte n°2 : magasin gratuit

Deuxième article dans la série des idées de boîte... 
Et pour celui-là, je ne fais que m'émerveiller que quelqu'un ait eu l'idée avant moi. 

" Magasin pour rien "

Le concept est simple : un magasin dans lequel tout est à donner. Rien à payer, il suffit de venir se servir. Pas plus de trois objets par jour et par personne... Si on veut, on peut donner de l'argent dans la caisse de solidarité du magasin. Et si on a des choses à donner, on peut également poser des choses dans le magasin qui seront prises par d'autres. Et tout ça existe déjà, ça marche, à Mulhouse. Ca existe également en ligne : http://www.toutdonner.com/ 

Alors en quoi tout ça nous rapproche de la doctrine sociale de l'Eglise ? La gratuité apparaît de manière assez récurrente dans le compendium. Et dans des contextes à chaque fois "radicaux".

#184 : L'enseignement de l'Église revient constamment sur le rapport entre charité et justice: « Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne faisons pas pour eux des dons personnels, mais nous leur rendons ce qui est à eux. Plus qu'accomplir un acte de charité, nous accomplissons un devoir de justice » [...] L'amour pour les pauvres est certainement « incompatible avec l'amour immodéré des richesses ou leur usage égoïste
#391 :  la personne humaine ne trouve pas sa réalisation complète tant qu'elle ne dépasse pas la logique du besoin pour se projeter dans celle de la gratuité et du don, qui répond plus entièrement à son essence et à sa vocation communautaire.

#24 : le magistère nous rappelle que dans la tradition de l'année sabbatique et jubilaire, on remet toutes ses dettes "gratuitement" à celui qui nous doit quelque chose. "Tous les sept ans la mémoire de l'Exode et de l'Alliance est traduite en termes sociaux et juridiques, de façon à rapporter les questions de la propriété, des dettes, des prestations et des biens à leur signification la plus profonde"

Bref, l'exercice de la gratuité :
- est un acte de justice orienté vers notre prochain
- est un acte essentiel à notre vocation d'homme dans la communauté
- nous rappelle le sens de la propriété, des dettes, et que finalement, la propriété n'est compréhensible que dans le rapport à Dieu [destination universelle des biens]

Au Magasin pour rien, on peut prendre gratuitement jusqu’à trois articles par semaine.Côté principes de la DSE, sur une échelle de 0 à 5, au doigt mouillé :  
Bien commun : 3 
Destination Universelle des Biens (DUB) : 5
Solidarité : 4
Participation : 3
Subsidiarité : 1


Et pour le faire, pas besoin d'être chrétien... Même si ça aide peut-être à l'être, et de l'être ! Un bon exercice de lâcher prise, et de prise de conscience que nous ne sommes que "gestionnaires" et pas "propriétaires" des objets.

Un avantage par rapport à l'idée de boîte n°1 : la "preuve de concept" est là puisque le magasin à Mulhouse marche bien et permet de maintenir un emploi !

mardi 15 janvier 2013

A-t-on encore besoin de parents aujourd'hui ?


Je ne suis pas du genre à retourner le couteau dans la plaie et à rabâcher que nous étions entre 800.000 et 1.300.000 dans la rue ce week-end si l'on en croit les chiffrages raisonnables, donc je vous épargnerai toute remarque sarcastique sur l'improbablement difficile appropriation des processus démocratiques que je constate en lisant les news. Nous allons plutôt nous demander si les parents ont encore un rôle aujourd'hui dans la société.

Dans une société de plus en plus complexe, le rôle des parents change. Être suffisamment expert pour former les enfants sur tout ce qui constitue leur vie n'est plus possible : les cours à l'école, l'anglais, l'informatique, le judo, les modes changeantes de jeux de récréatino, la politesse, l'utilisation raisonnée de la télé et d'internet... Plein de parents sont perdus, malgré plein d'organismes et personnes qui les aident : école, société, amis. Il n'y a qu'à voir le succès de Super Nanny, avant que l'émission ne disparaisse avec son animatrice, ou l'existence "d'école des parents" pour voir que le boulot de parent est difficile. 
Au fait, c'est quoi le rôle des parents ?

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Promoteurs de la vie, même celle du plus fragile

Enfonçons une porte ouverte. Le premier rôle des parents est de devenir parents. De donner la vie. Et enfonçons une autre porte ouverte, la mission nous est confiée par Dieu. « Soyez féconds, multipliez, emplissez la Terre » (Gen 1, 28). « La famille apparaît, dans le dessein du Créateur, comme […] le berceau de la vie » (#209 du compendium). « L'amour conjugal est, par nature, ouvert à la vie. C'est dans le devoir de procréation que se révèle de façon éminente la dignité de l'être humain, appelé à se faire l'interprète de la bonté et de la fécondité qui descendent de Dieu »(#230) La procréation est signe de l'existence de Dieu, pour les parents, pour la famille, et pour la société. Le couple a un « devoir de révéler Dieu » par cette fécondité.
Au-delà de ce rôle, le magistère souligne le rôle particulier qu'a la famille dans la promotion de la vie, de son commencement à sa fin, même dans ses formes les plus fragiles. En effet « Grâce à l'amour, réalité essentielle pour définir le mariage et la famille, chaque personne, homme et femme, est reconnue, accueillie et respectée dans sa dignité . De l'amour naissent des rapports vécus à l'enseigne de la gratuité qui, en respectant et en cultivant en tous et en chacun le sens de la dignité personnelle comme source unique de valeur, se transforme en accueil chaleureux, rencontre et dialogue, disponibilité généreuse, service désintéressé, profonde solidarité. L'existence de familles qui vivent dans un tel esprit met à nu les carences et les contradictions d'une société guidée principalement […] par des critères d'efficacité et de fonctionnalité » (#221). « L'amour s'exprime aussi à travers une attention prévenante envers les personnes âgées qui vivent dans la famille. […] Si les personnes âgées se trouvent dans une situation de souffrance et de dépendance, elles ont non seulement besoin de soins médicaux et d'une assistance appropriée, mais surtout d'être traitées avec amour » (#222)
« Les familles [doivent s'employer] à obtenir que les lois et les institutions de l'Etat ne lèsent en aucune façon le droit à la vie, de la conception à la mort naturelle, mais le défendent et le soutiennent. » (#231)

Education
Quelques rôles très concrets dans le domaine de l'éducation des enfants relèvent de la responsabilité de la famille, pour le magistère.
On peut citer sans trop développer le rôle de protection des enfants qui va avec le respect de la vie, mais qui implique également une stabilité du lien familial et donc du mariage. On ne protège pas aussi bien son enfant contre toute sortes d'agressions quand on le voit deux jours par semaines (voire plus du tout) que quand on le voit tous les jours. « La solidité du noyau familial est une ressource déterminante pour la qualité de la vie sociale en commun » (#229)
On peut citer également le rôle particulier des parents dans l'éducation sexuelle. « En raison des liens étroits qui relient la dimension sexuelle de la personne aux valeurs éthiques, le rôle de l'éducation est de conduire les enfants à la connaissance et à l'estime des normes morales comme garantie nécessaire et précieuse d'une croissance personnelle responsable dans la sexualité humaine ». Les parents sont tenus de vérifier les modalités par lesquelles s'effectue l'éducation sexuelle dans les institutions éducatives, afin de contrôler qu'un thème aussi important et délicat soit affronté de façon appropriée.
La famille a enfin et surtout le rôle d'ensemblier du maelström éducatif qui conduit à ce que les enfants grandissent. « Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants, mais pas les seuls. Il leur revient donc d'exercer avec responsabilité l’œuvre éducative, en collaboration étroite et vigilante avec les organismes civils et ecclésiaux [qui doivent chacun intervenir selon sa compétence et apporter sa contribution propre]. Les parents ont le droit de choisir les instruments de formation correspondant à leurs convictions » (#240). Les outils ne manquent pas : choix de l'école, choix des activités extra-scolaires, choix d'envoyer à l'étude le soir où de le laisser l'enfant travailler tout seul, un certain contrôle sur les amis pour les plus jeunes enfants… En revanche, une vision selon laquelle « c'est la société qui a la charge de l'éducation des enfants » serait constitutive d'une dépossession du rôle de parents, ce qui serait grave et déresponsabilisant. Le rôle des deux parents est central, et nécessaire à une prise en charge de l'enfant « au plus près », c'est-à-dire conforme au principe de subsidiarité.

Valeurs
Enfin la famille est le lieu premier et principal de transmission des valeurs. J'ai évoqué rapidement la solidarité plus haut. Mais plus que ça, les parents ont pour rôle de transmettre des valeurs culturelles, éthiques, sociales, spirituelles, religieuses, nécessaires au bon développement de la société. Ce que personne ne fera aussi bien que des parents. On n'apprend pas à la crèche à aimer son petit camarade. On n'apprend pas toujours à l'école à se forger des convictions éthiques sur la fin ou le début de vie, et si c'est le cas, c'est bien aux parents de choisir avec la plus grande précaution les écoles en fonction du message. « Les parents ont le droit-devoir de donner une éducation religieuse et une formation morale à leurs enfants : droit qui ne peut être effacé par l'Etat, mais respecté et encouragé ; devoir primordial, que la famille ne peut ni négliger ni déléguer » (#239)
Et pourquoi la famille est-elle plus compétente que d'autres pour ça ? Parce que c'est l'amour des parents l'un pour l'autre qui a engendré l'enfant et que ça laisse des traces ! « De source qu'il était, l'amour des parents devient ainsi l'âme et donc la norme qui inspirent et guident toute l'action éducative concrète, en l'enrichissant des valeurs de douceur, de constance, de bonté, de service, de désintéressement, d'esprit de sacrifice, qui sont les fruits les plus précieux de l'amour ». (#239) Cette constitution d'une action éducative « intégrale » n'est donc pas délégable.

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Bref, oui, on a encore besoin de parents, et ce n'est pas juste dans l'attente que la société sache gérer toute seule sans l'aide des parents. C'est que vu la situation particulière des parents, dont l'amour est à la base de la famille, elle ne peut pas et ne doit pas gérer à leur place et doit simplement leur donner les outils pour qu'ils puissent construire un chemin éducatif pour leurs enfants.